Histoire abrégée du Lycée Jules-Ferry
1912-2012

Jules FerryLe 15 mai 1912, la première pierre de l’établissement est posée, et marque le début des travaux de construction, menés selon les plans de Pierre Paquet, architecte en chef des monuments historiques. Il est bâti avec une structure en béton armé, des toits-terrasses très modernes pour l’époque, et selon des principes hygiénistes qui donnent une grande place à la lumière naturelle, favorisent la circulation de l’air et un aménagement rationnel des espaces. Le lycée qui porte le nom de Jules-Ferry est construit sur les fondations d’un ancien couvent dont il conserve une partie des bâtiments jusqu’en 1932-1934.

Au cours de l’été 1913, les nominations pour le lycée Jules-Ferry se succèdent : une quinzaine de personnels, directrice, économe, sous-économe, surveillante générale et agents sont installés pour assurer le fonctionnement administratif et matériel ; on nomme une équipe de professeurs, de maîtresses primaires et de maîtresses répétitrices de trente personnes, qui seront chargées d’encadrer les 310 élèves inscrites pour la rentrée d’octobre 1913. Dès l’ouverture, une chorale est formée, et participe à la Chorale des lycées de jeunes filles, dirigée par Gabriel Pierné, qui donne des concerts annuels en Sorbonne.

Le 26 octobre 1913 voit l’inauguration de l’établissement par Louis Barthou, président du Conseil et Louis Liard, vice-recteur de l’académie de Paris, en présence de Mme Jules Ferry. Il s’agit du septième lycée de jeunes filles du département de la Seine, après Fénelon (1892), Lamartine (1893), Molière (1888), Racine (1886), Victor-Hugo (1895) et Victor-Duruy (1912). Ces Lycées sont les enfants de la loi Camille Sée, adoptée le 21 décembre 1880, de haute lutte, contre les conservateurs et les partisans de l’enseignement religieux.

L’établissement abrite des classes enfantines (Jardin d’enfants), primaires (10e, 9e) et élémentaires (8e, 7e), des classes secondaires du 1er cycle (6e, 5e, 4e et 3e) et du second cycle (2nde, 1e, Math et Philo). Ses professeurs sont majoritairement des agrégées dont certaines ont été formées à l’École normale supérieure de jeunes filles à Sèvres, dont Anne Amieux, sévrienne elle-même, prendra la direction à partir de 1919 en quittant Jules-Ferry.

Dès 1914, une association des parents d’élèves du Lycée Jules-Ferry, la première du genre à Paris, est constituée ; cette même année voit le jour l’amicale des anciennes élèves, qui perdure jusque dans les années 1980.

En 1917, l’aile sur la rue de Douai est réalisée et permet d’accueillir le nombre grandissant des élèves qui s’inscrivent dans l’établissement. Cette même année, la création d’une classe préparatoire à l’École centrale des arts et manufactures est décidée. Dès le concours 1918, cinq jeunes filles sur les sept présentées sont admises ; ce succès fera envisager l’ouverture d’un internat, mais celui-ci ne voit jamais le jour, et la préparation est supprimée en 1923.

L’entre-deux-guerres voit la prospérité de l’établissement, qui passe de 310 élèves (1913) à 1120 (1928), puis à 1778 lors de la rentrée 1938. La démocratisation est en marche, et de grands travaux ont lieu entre 1932 et 1934 : les anciens bâtiments du couvent sont détruits, et l’établissement prend la forme qu’il a encore aujourd’hui. A cette occasion, le gymnase couvert du 5e étage et la coupole qui coiffe le réfectoire sont construits ; cette dernière allie briques de verre et béton armé, et est seulement posée sur son socle, ce qui lui permet de se dilater ou de se rétracter selon la température, empêchant ainsi la formation de fissures.

L’établissement se caractérise par une grande finesse architecturale et décorative ; des motifs de faune, de flore ou plus abstraits ornent chaque salle et chaque couloirs ; réalisés au pochoir, ces frises sont l’œuvre de Camille Boignard ; chaque salle de cours était désignée par le nom de sa frise (Méduses, roses, bouleaux, noisetiers…) et non par des numéros. La ferronnerie d’art, des plus esthétique est quant à elle l’œuvre d’Emile Robert.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, dans le Paris occupé, la vie continue au Lycée Jules-Ferry ; les effectifs chutent (300 élèves seulement inscrits à la rentrée 1939) et on tente de faire face au rationnement qui influence le fonctionnement de l’établissement de manière assez forte. Un comité de résistance s’organise dans l’établissement avec une partie des personnels, tandis que certains continueront aussi de remplir leur fonction sans prendre parti. Les élèves juives de l’établissement, des classes primaires aux classes secondaires du deuxième cycle sont déportées par l’occupant en 1943.

A la culture scientifique de l’établissement s’adjoint une culture littéraire plus marquée, car cette même année, deux divisions de classes préparatoires aux grandes écoles sont créées, afin de permettre aux jeunes filles de passer le concours de l’École normale supérieure de Fontenay, en Sciences et en Lettres. Plus tard, la préparation en Sciences est supprimée tandis qu’une khâgne classique est créée (Supprimée dans les années 2000). En plus de l’anglais, de l’allemand, de l’espagnol et de l’italien, enseignés depuis 1913, le russe fait son entrée dans l’établissement après 1945.

En 1945, pour faire face aux premières vagues d’élèves de la massification de l’enseignement secondaire, déjà démocratisé en partie dans les années 1930 par la gratuité, on décide de l’ouverture d’annexes. Le lycée Jules-Ferry a deux antennes, avec l’annexe de la Jonquière (actuel Collège Stéphane-Mallarmé), et l’annexe Bessières (devenue le Lycée Honoré-de-Balzac en 1955).

Ainsi, en 1962, le Lycée Jules-Ferry, en notoire sureffectif, compte 2 300 élèves sur son site du boulevard de Clichy, tandis que plus de 1 745 élèves se répartissent dans les annexes de la Jonquière et Bessières, ce qui en fait l’un des lycées parisiens de jeunes filles les plus importants de l’époque. L’établissement reste à l’écart des événements de mai 1968.

En 1977, le film Diabolo Menthe de Diane Kurys est en partie tourné dans les murs de l’établissement, revenant sur la décennie précédente, et immortalisant le Lycée de jeunes filles que Jules-Ferry fut jusqu’en 1974, date à laquelle la mixité devient effective dans l’établissement, malgré qu’elle ait été décidée en 1957. Les premiers garçons font leur entrée dans un établissement qui n’avait connu comme éléments masculins que son concierge, quelques agents et garçons de laboratoire, non sans résistances.

A l’image de l’ensemble de l’enseignement secondaire, l’établissement, qui était une institution vouée à la formation des jeunes filles des élites, à commencé à se démocratiser dans les années 1930, est devenu un lycée de masse dans les années 1950, et se caractérise par sa mixité sociale depuis la fin des années 1980-1990.

Le lycée vieillissant, il est décidé en 1991 d’engager une restructuration importante pour remettre l’établissement aux normes de sécurité et procéder à quelques réaménagements et constructions, toujours pour gagner de l’espace et de la capacité d’accueil. A cette occasion, l’établissement change de manière significative, les vestiaires des élèves et préaux sont supprimés et des réaménagements importants modifient son architecture intérieure.

En 2012, se préparant à célébrer son centenaire, l’établissement est un Lycée-Collège de plus de 1 500 élèves, 150 professeurs et une cinquantaine d’administrateurs, personnels administratifs, d’intendance et de service. Il a une culture littéraire, dispose toujours d’une classe d’histoire des arts (ouverte en 1913) et de classes préparatoires littéraires qui préparent le concours des Écoles normales supérieures.

Sa vie intérieure est scandée par les activités de l’Association sportive (Connue pour sa section volley-ball dans les années 1960, aujourd’hui pour ses section danse et gymnastique), du Conseil de la vie lycéenne (organisation du bal de fin d’année, né dans les années 1950, d’un championnat), de la chorale (reformée en 2010), du club théâtre (actif depuis les années 1940), du ciné-club (reformé en 2011) et par des conférences diverses.

Le Lycée Jules-Ferry était un établissement, comme les autres lycées de jeunes filles, relativement isolé du monde, mais n’en était pas pour autant coupé, condition qui seyait à la bonne éducation des jeunes filles ; il s’est progressivement ouvert, d’abord par la mixité de genre qui a modifié sa culture d’établissement, puis par la diversification des formations qui y étaient dispensées, et enfin par l’évolution des mentalités, normes sociales et du système éducatif – et l’évolution des missions qu’on lui donne – dont il fait partie. Cette évolution est également née de la conviction, prévalant à la fin du XXe siècle, qu’aller au lycée n’est pas seulement aller dans le lycée, mais également en-dehors, avec la multiplication des sorties, voyages et échanges scolaires qui marquent son ouverture sur le monde et complètent la formation académique délivrée en classe par les professeurs, de la 6e à la terminale, puis en classe préparatoire.

Paris, le 19 Mars 2012,

Pierre Porcher,
Ancien vice-président du Conseil de la vie lycéenne,
Étudiant à l’Université Paris-Sorbonne

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