Le Lycée Jules-Ferry au fil du temps

Histoire du lycée jules-ferry

DES ORIGINES A NOS JOURS

  1. Avant le lycée (1869-1912)

En 1869, la congrégation des Dames Zélatrices de la Sainte-Eucharistie achète un terrain situé à l'angle de l'actuel boulevard de Clichy et de la rue de Douai ; elle y bâtit un couvent et une chapelle.

En 1901, la congrégation est dissoute en vertu des dispositions de la loi sur les associations puis, expropriée en vertu des dispositions de la loi de 1904 supprimant les congrégations enseignantes. Le premier projet de construire un lycée remonte à 1906 mais a été ajourné plusieurs fois en raison des tensions consécutives à la loi de séparation des Églises et de l'État (1905).

La première pierre de l'établissement est posée en mai 1912. Les plans sont l'œuvre de Pierre Paquet, architecte en chef des monuments historiques et ancien architecte diocésain. Camille Boignard réalise les frises peintes qui donnent leurs noms aux salles de classe et qui décorent circulations et bureaux. L'entreprise d'Émile Robert réalise quant à elle la ferronnerie d'art. A son ouverture, le lycée associe de nouveaux bâtiments, construits en forme de V le long de la rue de Douai et du boulevard de Clichy et un corps de l'ancien couvent.

  1. Les débuts d'un lycée parisien de jeunes filles (1913-1930)

Les premiers temps (1913-1914)

Le lycée ouvre le 1er octobre 1913 avec 327 élèves. Il est inauguré le 26 octobre par Louis Barthou, président du Conseil et ministre de l'Instruction publique, Louis Liard, vice-recteur de l'académie de Paris, Lucien Poincaré, directeur de l'enseignement secondaire au ministère de l'Instruction publique et Mme Jules Ferry.

Dès 1914, avec la collaboration de professeurs du lycée Carnot, une préparation officieuse au baccalauréat latin-langues est organisée pour les jeunes filles qui le désirent, même si la sanction officielle de l'enseignement secondaire des jeunes filles demeure jusqu'en 1924 le diplôme de fin d'études secondaires, qui ne permet pas de poursuivre des études supérieures à l'université.

La Première Guerre mondiale (1914-1918)

Avec le déclenchement de la Première Guerre mondiale, le quotidien est radicalement modifié. Non réquisitionné par l'autorité militaire, la vie s'organise : des œuvres sociales sont créée, des vêtements façonnés en couture et financés par les collectes de fonds du lycée Condorcet sont envoyées au front. Anne Amieux, la directrice, organise des enseignements qui visent à permettre aux lycéennes d'aider leurs familles à subvenir à leurs besoins, si les hommes de la famille meurent pendant le conflit.

Malgré la guerre, le lycée est agrandi à deux reprises : l'aile donnant sur la rue de Douai est construite en deux tranches, en 1914-1916 et 1917-1919.

En 1917, elle obtient la création d'une classe préparatoire à l'École centrale des arts et manufactures, la première de France pour les jeunes filles. Des professeurs-hommes des lycées Condorcet, Henri-IV, Buffon et Rollin assurent les cours. Au concours 1918, cinq candidates sont admises, dont Sébastienne Guyot qui poursuivra pendant l'Entre-deux-guerres une brillante carrière d'ingénieure aéronautique et d’athlète de haut niveau.

En 1919, les lycéennes organisent une collecte pour offrir un présent à Georges Clemenceau, victime d'une tentative d'attentat ; elles lui remettent un stylogramme d'or qui fut utilisé pour signer le traité de paix à la conférence de Versailles.

Retour à la vie normale (1919-1930)

Après la guerre, des classes préparatoires à Institut agronomique, à l'École de physique et de chimie de la ville de Paris, à la Manufacture nationale de Sèvres sont organisées puis supprimées en 1923, lorsque les jeunes filles sont admises dans les classes préparatoires des lycées de garçons. Anne Amieux, la directrice, considérait que la formation de femmes ingénieures était un devoir patriotique : il s'agissait de former les cadres qui remplaceraient temporairement les hommes pendant les classes creuses engendrées par la Première Guerre mondiale.

Afin de pouvoir accueillir les nouvelles élèves, toujours plus nombreuses, des bâtiments provisoires en bois sont érigés dans les années 1920 afin d'augmenter le nombre de classes ; malgré ces aménagements de fortune, les locaux sont surchargés pendant une grande partie de l'Entre-deux-guerres.

  1. Du lycée d'élite à la démocratisation (1930-1975)

La fin de l'Entre-deux-guerres (1930-1939)

En 1928, l'établissement compte 1120 élèves et les locaux provisoires édifiés pendant les années 1920 ne suffisent plus pour répondre aux demandes d'inscription. Des travaux sont entrepris en 1931 grâce au crédit de 15 millions de francs alloué par le Parlement dans le cadre du 2e plan d'outillage national. Les travaux durent cinq ans : le corps de l'ancien couvent est détruit et l'établissement est achevé, prenant la forme d'un losange. La coupole en briques de verre et ciment armé qui coiffe la salle polyvalente est achevée lors de l'extension de 1934. Elle présente la particularité de n'être que posée sur un joint de caoutchouc qui se dilate et se rétracte selon la température, ce qui prévient les fissures. La grande horloge du beffroi qui surplombe la coupole est l'œuvre du ferronnier d'art hongrois Aldabert Szabo. Le gymnase, bâti sur un toit-terrasse, est construit en 1935.

A partir de la rentrée 1930, la gratuité des études est instaurée en commençant par la sixième dans l'enseignement secondaire. La clientèle jusque-là essentiellement composée de jeunes filles appartenant aux classes supérieures de la société s’ouvre à celles des classes intermédiaires et, dans une bien moindre mesure, des classes modestes. Ainsi, la proportion de filles d'employés parmi les nouvelles élèves inscrites passe de 14,2 à 22% entre 1930 et 1935.

La Seconde Guerre mondiale (1939-1945)

Au début de la Seconde Guerre mondiale, les classes enfantine et primaires sont fermées et les autres transférées provisoirement au lycée Carnot. A la rentrée 1940, l'établissement rouvre en entier et deux professeurs sont révoquées en application de la loi du 18 octobre 1940 sur le statut des Juifs. Un comité de résistance s'organise très progressivement avec des professeures de toutes tendances politiques : Cécile Angrand (Philosophie), Jeanne Gaillard (Histoire-Géographie) sont membres du Front national universitaire (proche du Parti communiste) et Georgette Sers (Histoire-Géographie) aurait appartenu à un réseau gaulliste. En 1944, le comité de résistance compterait une douzaine de professeures.

Sur les 103 élèves répertoriées par l'administration comme étant de confession juive en 1941, 25 sont arrêtées puis déportées en juillet 1942 lors de la rafle du Vélodrome d'Hiver. Une plaque commémorative a été apposée en leur mémoire en 2009.

Après la libération, trois professeures sont déférées devant le Comité académique d'épuration de Paris ; la procédure n'aboutit à aucune sanction pour deux d'entre elles, soupçonnées « d'attitude anti-alliée » mais la troisième, professeure d'histoire en classes préparatoires, est déplacée d'office dans un autre département.

L'après-guerre (1945-1975)

A partir de 1941, date de la nationalisation des écoles primaires supérieures et de leur érection en collèges, les effectifs de l'enseignement secondaire croissent beaucoup ; l'établissement avait d'ailleurs ouvert une classe de sixième annexe à l'école de jeunes filles de la rue Antoinette (18e) pendant la guerre. Entre 1941 et 1958, le nombre d'élèves accueillies par le lycée passe de 1 492 à 2 290.

Afin de réduire les effectifs du lycée central, une première annexe est créée en 1948 sur le boulevard Bessières ; elle devient indépendante en 1955 sous le nom de lycée Honoré de Balzac, une fois les bâtiments achevés. En 1958, une deuxième annexe est ouverte rue de la Jonquière ; elle devient indépendante en 1964 sous le nom de lycée Stéphane Mallarmé, ultérieurement transformé en collège.

En mai 1968, des lycéennes participent aux mouvements sociaux et l'activité politique est soutenue et surveillée par l'administration, sans qu'aucun incident n'ait lieu. Aux élections des représentants du personnel au conseil d'administration de 1969, la liste du Syndicat national des enseignements de second degré (SNES) reste majoritaire malgré la constitution parmi les professeurs d'un groupe autonome.

De nombreux changements sont décidés : le port du pantalon est autorisé pour les jeunes filles, un foyer socio-éducatif est créé, les compositions trimestrielles supprimées, les notes chiffrées remplacées par une gamme de cinq appréciations (très satisfaisant, satisfaisant, moyen, insuffisant, très insuffisant), tandis que sanctions et distinctions sont supprimées dans le second cycle et les classes préparatoires. L’évaluation par appréciations est vite abandonnée en troisième, en première et en terminale en raison des formalités liées aux examens et à l'entrée dans enseignement supérieur ; la notation chiffrée définitivement rétablie à tous les niveaux en 1977 avec l'approbation de 85% des professeurs.

  1. Le lycée dans le temps présent (1975 à nos jours)

L'arrivée des garçons (1975-1983)

En 1957, les dernières classes primaires sont fermées. La partition du collège et du lycée, prévue par l'application de la loi Haby, est combattue par les personnels et parents d'élèves à partir de 1974 ; ils sont soutenus par Louis Baillot, député communiste du 18e arrondissement et obtiennent définitivement gain de cause en 1979.

A la fin des années 1950, les classes de mathématiques supérieures et de mathématiques spéciales du lycée Jules-Ferry sont supprimées. En 1972, Anne Chopinet, ancienne élève du lycée passée à Condorcet, est l’une des sept premières femmes à intégrer l’École polytechnique.

Entre 1975 et 1979, les classes du collège deviennent progressivement mixtes, en commençant par la sixième. A la rentrée 1979, les garçons représentent moins d'un quart des effectifs ; à la rentrée 1980, le lycée devient mixte à son tour en commençant par la classe de seconde.

Dans le temps présent (1983 à nos jours)

Le premier ordinateur arrive au lycée en 1980, dans le cadre d’un club informatique ; en 1985, lors de la mise en œuvre du plan « informatique pour tous » décidé par le gouvernement, onze micro-ordinateurs Thomson M05 et deux imprimantes Bull 9020 sont installées.

En 1986, le mouvement contre le projet de loi Devaquet suscite un important mouvement, le lycée est occupé et lance un appel à la coordination lycéenne.

Après les lois de décentralisation, les bâtiments des lycées passant sous la tutelle des régions, l'établissement est rénové entre 1986 et 1991 puis restructuré entre 1996 et 2002 ; la surélévation sur la rue de Douai est bâtie à cette occasion.

En 2013, le lycée célèbre son centenaire ; une cérémonie est organisée pour le 100e anniversaire de la première rentrée scolaire, le 1er octobre, en présence de George Pau-Langevin, ministre déléguée auprès du ministre de l'Éducation nationale, en charge de la réussite éducative. L'établissement participe aux journées européennes du patrimoine 2013, à la Nuit blanche et à la fête de la musique 2014.

Depuis janvier 2016, le lycée Jules-Ferry est inscrit en totalité aux monuments historiques.

Pierre Porcher,

Professeur d’histoire, doctorant à l’Université Paris-Sorbonne

Centre d’histoire du XIXe siècle (EA 3550)

(29 septembre 2017)