L’aventure du Goncourt continue… nos jurés sélectionnent leurs trois ouvrages préférés

Au cours d'une après-midi, alternant échanges et vifs débats autour des quinze ouvrages en lice, nos élèves ont voté d'une part pour leurs livres préférés mais aussi pour élire leur délégué, chargé de représenter la classe lors de la délibération régionale.

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Les trois livres choisis (tiercé donné dans l'ordre alphabétique d'auteur) sont : La disparition de Josef Mengele, d'Olivier Guez – Bakhita de Véronique Olmi – Summer de Monica Sabolo

C'est Damarys Bagassien Mohande, qui a été élue par ses camarades pour défendre leur choix au sein de la délégation régionale, lundi 13 novembre.

A l'issue du vote de la délégation régionale d'Ile-de-France, les trois livres retenus (en ordre aléatoire) sont :  Bakhita de Véronique Olmi – Summer de Monica Sabolo- L'art de perdre d'Alice Zeniter

      Les délégués des lycées d'Ile-de-France et des lycées français à l'étranger lors de la délibération régionale le 13/11

Résultat du vote final, jeudi 16 novembre !

Et ne manquez pas les interviews en vidéo de nos élèves et professeurs  sur les sites de nos partenaires presse la FNAC et Babélio.

https://www.youtube.com/watch?v=4c3fk4YXlGY   reportage de Babélio 

"Durant le mois d'octobre 2017, nous avons suivi les premières phases de lecture, délibérations et rencontres du prix Goncourt des Lycéens 2017. Voici quelques paroles d'élèves et d'un professeur, d'abord au lycée Jules Ferry (Paris 9e), puis à l'université Jussieu (Paris 5e), qui nous racontent l'opération." 

https://www.youtube.com/watch?v=j0Vh2ATe3Yw reportage de la Fnac  "30e édition du Goncourt des Lycéens : ils ont la parole ! "

Et voici les toutes dernières critiques de nos élèves, rédigées avec beaucoup d'enthousiasme et de sincérité. On y décèle un esprit critique de plus en plus aiguisé.

L'Art de perdre, Alice Zeniter

Naïma sait d'où elle vient, mais personne ne lui en parle jamais. Son père Hamid  a vécu en Algérie toute son enfance, mais n'en parle plus depuis longtemps. Quant à son grand-père il est mort avant qu'elle puisse lui poser des questions. La seule personne qu'elle pourrait interroger, sa grand-mère Yema, ne parle  pas la même langue qu'elle. Comment vivre sans connaître l'histoire de sa famille, alors que de notre temps, les origines sont si importantes?L'art de perdre est un livre fabuleux, qui retrace l'histoire d'une famille durant plusieurs générations.  Nous commençons le livre avec l'histoire d'Ali, suivi de celle d’Hamid, et pour finir de celle de Naïma. C'est donc très intéressant de voir qu' au fil du livre, les temps changent, par exemple: Yema et Ali sont mariés de force, Hamid et sa femme sont tombés amoureux, et Naïma enchaîne les relations et les ruptures.

Mais même si ce « combo » générationnel est intéressant, je dois avouer que je n'ai pas du tout aimé toute la partie où Hamid rencontre sa femme et toute l'histoire de Naïma. J'ai trouvé qu'elle était de trop et que le livre aurait été meilleur sans, car le roman nous freine par sa longueur.Au contraire, j'ai adoré toute la première partie sur Ali, le livre parle très bien de la guerre et de ses problèmes. Par exemple avec cette phrase " En quoi ça sert l'Algérie si je meurs ? C'est pas lui rendre service. Moi je suis jeune, je suis fort et j'aime mon pays. Je veux être là pour le construire. Si les gars comme moi vont tous se faire tuer, qui va la construire, ton Algérie libre ? Les vieillards et les femmes ? " Cette citation m'a marquée car je trouve quelle explique bien le problème de beaucoup de guerres dans le monde, et c'est aussi une question que je me pose au quotidien sur tout ce qui se passe en ce moment.Il y a aussi toutes les questions sur les tyrans, je trouve qu'Alice Zeniter a parfaitement parlé du sujet "Ceux qui veulent assez fort le pouvoir pour l'obtenir, ce sont ceux qui ont des egos monstrueux, des ambitions démesurées, ce sont tous des tyrans en puissance. Sinon ils ne voudraient pas cette place."

Ce que j'ai aussi aimé, c'est qu'elle n'idolâtre pas un camp ou un autre, elle parle justement des deux, et exprime aussi très bien le choix que doivent faire les Algériens à cette époque, choisir entre rester en Algérie leur pays natal, où ils ont tous vécu eux et leurs ancêtres, ou partir en France où ils seront en sûreté et où rien ne leur arrivera. "Choisir son camp n'est pas l'affaire d'un moment et d'une décision unique, précise. Peut-être, d'ailleurs, que l'on ne choisit jamais, ou bien moins que ce que l'on voudrait. Choisir son camp passe par beaucoup de petites choses, des détails. On croit n'être pas en train de s'engager et pourtant, c'est ce qui arrive."

Quant à la partie du roman où ils sont en France, j'ai beaucoup aimé le début, quand ils sont dans le camp de transit, je trouve très int&Eacutu;essant de voir cette famille essayer d'avancer dans un pays qui n'est pas le leur. Alice Zeniter le démontre bien avec toujours une pointe d'humour "Ils ont tellement de papiers, tous ces français, commente Yema dans la cuisine en secouant la tête. On se demande bien ce qu'on peut faire ici sans les papiers. Mourir ? Moi je suis sûre que même pour ça, ils te demandent les documents et que si tu les as pas, ils te maintiennent vivant jusqu'à ce que tu les trouves… ". Quant à Hamid, pendant tout le livre on grandit avec lui, on apprend à aimer avec lui, "L'amour, c'est bien, oui, dit Ali à son fils, c'est bon pour le cœur, ça fait vérifier qu'il est là. Mais c'est comme la saison d'été, ça passe. Et après il fait froid.", mais on apprend aussi que grandir dans deux pays différents crée un fossé entre deux personnes même si elles sont de la même famille "La langue crée un éloignement progressif. L'arabe est resté pour eux un langage d'enfant qui ne couvre que les réalités de l'enfance. Ce qu'ils vivent aujourd'hui, c'est le français qui le nomme, c'est le français qui lui donne forme, il n'y a pas de traduction possible. Alors, quand ils s'adressent à leurs parents, ils savent qu'ils s'amputent de toute une maturité nouvelle et qu'ils redeviennent des gamins de Kabylie. Il n'y a pas de place dans les conversations entre l'arabe qui pour eux s'efface dans le temps et le français qui résiste à leurs parents, pour les adultes qu'ils sont en train de devenir." Au fil du livre, on voit que Hamid renonce au fur et à mesure à ses origines, il commence par la religion, puis continue par la langue et finit par rompre avec son passé.

Finalement, ce livre est un très bon livre même si je le trouve trop long; il raconte très bien l'histoire de la guerre de l'Algérie et ce qu'elle a entraîné avec elle, pendant plusieurs générations. Je finirai cette critique en parlant de la phrase qui m'a le plus marquée dans tout le livre, "Ce qu'on ne transmet pas, ça se perd, c'est tout.Tu viens d'ici mais ce n'est pas chez toi ".  Un phrase très forte qui démontre bien tout ce qu'ont ressenti les générations qui ont suivi la guerre car elle semble priver d'une partie de leur passé les personnes qui n'ont pas connu le pays de leur famille ; personnellement, je pense qu'on peut se sentir rattaché à la terre de nos ancêtres sans y avoir jamais vécu.

Enfin, ce livre m'a beaucoup touchée car l'histoire ressemble beaucoup à celle de ma famille: mon grand-père a quitté l'Algérie avec sa famille pendant la guerre et ne m'en a pas beaucoup parlé. Gabrielle Manhes

L'Ordre du Jour, Éric Vuillard

Dans L'Ordre du Jour, l'auteur nous fait pénétrer dans les coulisses de l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne en 1938. Éric Vuillard nous montre comment les grands industriels allemands de l'époque (et qui le sont toujours) ont aidé financièrement Hitler après la campagne électorale, qu'ils ont donc une grande part de responsabilité dans la mise en œuvre des projets d'Hitler. Dans le livre, on se retrouve immergé dans le contexte politique d'avant-guerre. On assiste à l'opposition entre deux dictateurs, Hitler et Schuschnigg, et on se rend compte du laxisme des dirigeants français et britanniques devant les actes d'Hitler en Autriche. C'est un roman historique mais on peut apprécier ce livre sans être un passionné d'histoire.

Tout d'abord, le livre a un grand intérêt historique, l'auteur parle d'un moment de l'Histoire qui est peu raconté et qui est le début de l'invasion allemande en Europe de l'Est. Cette annexion de l'Autriche ne fut pas militaire mais diplomatique, on suit tout au long du livre les négociations auxquelles le chancelier-dictateur Schuschnigg finit par céder. L'auteur a fait beaucoup de recherches pour parler avec précision de certains aspects de cette annexion. Par exemple, le chemin des troupes allemandes pour arriver à Vienne et faire défiler Hitler, le nom des principaux dirigeants nazis qui prenaient part aux négociations. J'ai vraiment aimé le fait d'être un spectateur direct de l'annexion.

Cependant, avant que l'on ait pénétré dans l'Histoire, le premier chapitre est assez long et rébarbatif. Il est très implicite et sans vraies précisions. On comprend que vingt-quatre riches industriels sont dans une salle avec un dirigeant, aucune précision n'est donnée sur les identités de chacun. L'auteur pour désigner les industriels dit : « vingt-quatre masques ». Ce n'est que dans le second chapitre que l'on nous donne les noms des industriels (Bayer, Opel,etc.) et du dirigeant qui est le dictateur Adolf Hitler.

Dans cet ouvrage, l'auteur relate un moment de l'Histoire tragique mais il ne manque d'ajouter des touches d'humours qui sont remarquablement placées. Il y en a lors des réunions entre les deux dictateurs, aussi l'auteur voit le chancelier autrichien Schuschnigg comme un faible dictateur ayant peur d'Hitler et se moque de lui. Dans l'Ordre du Jour, l'auteur a une vision sombre du contexte politique des années 1930 mais il l'atténue avec son ton comique, par exemple lorsque Hitler est hors de lui lors d'une réunion avec son homologue autrichien, Hitler qui paraît si puissant aux yeux de toute l'Europe semble bien vulnérable à ce moment-là. Simon Anquetil

La disparition de Josef Mengele, Olivier Guez

Dans le cadre du prix Goncourt des lycéens, j'ai eu l'occasion de découvrir l’œuvre d'Olivier Guez, La disparition de Joseph Mengele, il s'agit d'un roman qui mêle faits réels et fiction. J'ai apprécié ce livre et vous propose d'en faire sa critique. La disparition de Joseph Mengele raconte l'histoire d'un des plus grands criminels de guerre allemands, et plus précisément la fuite du médecin d’Auschwitz, Joseph Mengele, alias Gregor, en Argentine.

La question qu'un futur lecteur serait en mesure de se poser est « Est-ce qu'un livre entier sur un criminel de guerre ne serait pas trop ennuyeux ? Ne faut-il pas connaître le personnage pour comprendre l’œuvre ?»

J'ai trouvé ce livre très intéressant puisqu'il ne retrace non pas la vie d'un criminel hautement recherché mais la vie d'un simple homme, car l'auteur a souhaité montrer « le petit homme qu'était Joseph Mengele. » et n'a donc prêté attention qu'au personnage qu'il est devenu après la chute du troisième Reich. Le livre est très captivant, du moment où Mengele rencontre des anciens nazis, jusqu'à sa noyade, Olivier Guez a cherché à donner un rythme rapide au déroulement du roman, et rappelle les expériences atroces de son personnage, son passé inhumain. On y ressent la peur, la méfiance, le doute qui suivent le protagoniste dans sa fuite.

Néanmoins même si l'auteur réussi à nous captiver, le début du roman reste difficile à apprécier    pour ses descriptions incessantes, le protagoniste est en fuite, et l'auteur n'a de cesse de décrire sa situation cloîtrée dans son appartement. Cela donne des longueurs à plusieurs chapitres du roman.

En conclusion ce livre me semble intéressant, il m'a permis de prendre conscience que les criminels de guerre ont pour destin la fuite et ne seront jamais tranquilles jusqu'à leur mort. Ce livre est un moyen de transmettre les horreurs de la guerre et la capacité humaine à mal agir au nom d'une idéologie. Stel Yus

A la fin de la seconde guerre mondiale, le docteur Josef Mengele, médecin chef du camp d’extermination d’Auschwitz, prend la fuite d’abord dans l’Allemagne en libération, puis réussit à quitter le territoire allemand pour l’Amérique du Sud. Olivier Guez nous raconte la fuite de « l’ange de la mort », à travers d’abord l’Argentine, puis le Paraguay et le Brésil. Traqué par la communauté internationale et par les agents israéliens du Mossad, la vie de Mengele tourne vite au cauchemar : paranoïaque, son stress lui ronge les organes et le rend de plus en plus malade de jour en jour. Nous suivons donc l’homme le plus recherché de cette époque jusqu’à sa mort sur une plage du Brésil en 1979.

Je conseille vivement ce roman à tous les lecteurs quel que soit leur niveau de lecture, car l’auteur a réussi à écrire un roman passionnant, que l’on ne peut pas lâcher. En effet, Olivier Guez a réalisé un travail d’historien exceptionnel, son livre est doté d’une immense quantité de détails et d’informations historiques qui rendent le livre très intéressant. Quant au style, ce roman est écrit d’une telle façon qu’au fil des pages on s’identifie au personnage, on se sent traqué en même temps que Mengele. C’est là que l’on voit toute l’étendue du talent d’Olivier Guez, qui a parfaitement su écrire un roman historique d’une telle qualité, tout en romançant avec brio la fuite d’un personnage aussi diabolique. Tom Chaurand

Nos richesses, Kaouther Adimi

La librairie Les vraies richesses, à Alger, est rachetée en 2017 pour devenir une boulangerie. Ryad, qui doit la vider, voit son objectif se compliquer par un vieil homme nommé Abdallah. Il a connu Edmond Charlot, celui qui a ouvert ce petit paradis de littérature en 1935, et a repris la direction des Vraies richesses quand elle s’est transformée en bibliothèque dans les années 90.

Kaouther Adimi raconte avec douceur. Aucun passage n’agace le lecteur ou le pousse hors de soi. C’est un voyage fabuleux et délicat, entre les carnets d’Edmond Charlot inventés par l'écrivain, la sagesse d'Abdalah, le nettoyage de Ryad et l'histoire algérienne. Ce roman est apaisant par son calme toujours présent, même quand il s’agit de parler de la Seconde guerre mondiale ou autre drame qu'a vécu l'Algérie.

De surcroît, les personnages sont attachants, sensibles et fouillés en profondeur, on comprend le caractère de chacun en à peine quelques phrases. La solidarité du voisinage de la librairie est surprenante, on apprécie la découverte de cette ambiance et on aimerait être en Algérie avec eux. C’est un roman poignant au style d'écriture simple, accessible à tous, et qui est enrichissant émotionnellement et culturellement.

Le récit a un rythme parfait. Les anecdotes sont captivantes comme celle qui nous explique comment continuer à publier des livres en période de guerre quand il n'y a plus de papier. Théoline Lanckriet

Niels, Alexis Ragougneau

Copenhague, 1945. Niels Rasmussen, résistant danois spécialisé dans les explosifs rentre chez lui après une dernière mission de sabotage, le Danemark est libéré de ses occupants. Tout va bien pour Niels qui est un héros de la guerre et dont la compagne, Sarah, résistante elle aussi, attend un enfant. Tout ce bonheur sera contrarié par l’arrivée d’un étrange courrier anonyme dont le contenu alerte Niels et le force à se rendre à Paris en urgence : en effet, Niels était avant la guerre, metteur en scène à Paris. Le courrier lui apprend que son ami Jean-françois Cannonier, dont il mettait en scène les pièces avant le conflit, a été arrêté et va être jugé pour collaboration et intelligence avec l’ennemi. Niels cherche alors des réponses et se décide à partir pour Paris, pour comprendre, et sauver son ami qu’il croit innocent des crimes dont on l’accuse. Il va alors découvrir la France de la libération, une France déchirée entre collaboration et résistance, entre le bien et le mal, l’obscurité et la lumière.

 Alexis Ragougneau, auteur de théâtre à succès, revient en force avec un roman cette fois. On sent tout de même que le théâtre reste extrêmement présent, pour ne pas dire omniprésent dans la nouvelle œuvre d’Alexis Ragougneau. Ce livre est d’une écriture simple, à la portée de beaucoup, mais qui décrit pour autant très bien des choses compliquées, comme les difficultés de l’amitié et les méandres du courage et de l’héroïsme. Un élément intéressant est le fait que l’auteur a inséré dans son roman deux pièces de théâtre très courtes en un acte, mais pour décrire des passages pas fondamentalement indispensables à la compréhension de l’histoire.

Un bon livre, qui nous fait nous poser des questions, et qui nous fait nous interroger sur le rôle de certains à la fin de la seconde guerre mondiale, sur l’atteinte qu’ont pu avoir la guerre et ses conséquences sur des esprits dans le doute et la recherche de réponses. Tom Chaurand

Un certain M.Piekielny, François-Henri Désérable

Après avoir lu dans La promesse de l’aube qu’un certain M.Piekielny avait connu et cru en l’avenir du célèbre auteur Romain Gary lorsqu’il était enfant, François-Henri Désérable part sur ses traces et cherche à comprendre qui est cet homme inconnu à la barbe roussie par le tabac. Même si le livre est une enquête, un mystère reste irrésolu : pourquoi l’auteur a-t-il été autant intéressé par cet homme ? Peut-être est-ce parce que durant tout le livre, François-Henri Désérable mêle son histoire à celle de Romain Gary, et peut-être a-t-il pensé que M.Piekielny l’aurait aussi aidé à atteindre son but : devenir un grand écrivain ? La prétention de l’écrivain, se comparant à l’un des plus grands hommes de lettres n'est pas des plus plaisantes. Et si le roman est censé être consacré à Piekielny, on en lit en fait beaucoup plus sur Romain Gary. Ceux qui auront aimé l’idée d'approfondir le passé d'une personne banale et inconnue à la place d'un grand déjà renommé, seront déçus. 

On se demande même si François-Henri Désérable n’a pas pris le vieil homme comme prétexte pour faire un livre sur Romain Gary de manière plus originale. L’enquête est accrochante durant une courte durée grâce à quelques phrases humoristiques ici et là, sûrement ajoutées pour séduire le lecteur. Mais une fois cette petite partie passée, l’histoire tourne en rond, ennuie et peine à avancer. De plus, la fin veut nous faire comprendre que la lecture permet tout et emporte où elle le souhaite, mais ce qui ressort le plus, c'est qu'elle nous fait réaliser avec amertune que le livre ne nous a menés nulle part, puisque M.Piekielny est un personnage inventé. Théoline Lanckriet

Bakhita, Véronique Olmi

En vue du Goncourt, j’ai eu une fois de plus la possibilité de lire un des ouvrages sélectionnés, celui-ci est nommé Bakhita, il est écrit par Véronique Olmi et est un roman abordant le sujet de l'esclavage dans le monde.

L'histoire parle d'une petite soudanaise qui se fait kidnapper à sept ans, se fait emmener loin de son village d'origine et va passer de marchand d'esclaves en marchand d'esclaves où elle subira de multiples violences. Le consul d'Italie la rachète à l'adolescence, avant d'être affranchie lors d'un procès à Venise. Elle vouera sa vie aux enfants pauvres et deviendra religieuse.

J'ai trouvé ce livre très intéressant parce qu’il m'a permis d'en apprendre plus sur l'esclavage, par exemple, j'ai appris qu'on abandonnait les esclaves trop faibles pour les marches d’esclaves, et pour éviter qu'un autre marchand ne les récupère, on les attachait à un arbres pour qu'ils ne s’enfuient pas et meurent sur place .

 C'est avec ce thème que le lecteur plonge dans ce qu'on peut appeler « l'intrigue de Bakhita», ce roman qui vous prend au plus profond de vous-même pour vous faire ressortir toute l'empathie que vous pouvez avoir pour un individu. Bakhita, c'est l'espoir, Bakhita, c'est l'amour : l'auteur ne décide pas de vous attrister, au contraire, avec Bakhita, elle essaye de vous montrer sans subjectivité ce qu'est la souffrance. En passant par les caprices insensés de ses maîtresses, et les tortures qui ne semblent plus s'arrêter, Bakhita garde un certain espoir, en se rappelant des mots de sa mère à son propos : «ma fille est douce et bonne. » et garde cette phrase comme directive. Dès le début on découvre qui est cette petite fille, et on se lie d’amitié avec, comme si on la connaissait depuis longtemps.

Néanmoins, le seul argument négatif que je puisse trouver est le côté répétitif de certains passages, notamment au début à chaque fois que Bakhita change de maître, et j'ai dû lutter contre la lassitude que m'apportait cette lecture au début de l'histoire.

A travers ce livre, l'auteur montre du doigt ce que peut être l'horreur humaine. Il s'agit d'un roman très enrichissant qui nous apprend que l'être humain a des ressources inimaginables. Je recommande ce roman car il s'agit d'une grande leçon de vie. Stel Yus

Summer, Monica Sabolo

Dans ce livre, une adolescente nommée Summer disparaît lors d’un pique-nique entre amis. Pendant des semaines tout le monde la cherche, proches, polices, inconnus…Pour la famille de la victime issue de la bourgeoisie, c’est une tragédie, le père avocat est admiré de tous. Ses collègues et amis se divisent en deux groupes : certains lui tournent le dos, d’autres compatissent.
La mère, courtisée par les hommes et enviée par les femmes se retrouve seule, traitée de folle et se renferme sur elle-même. Le plus affecté est sans aucun doute son petit frère Benjamin. Adolescent perturbé vivant dans l'ombre de sa sœur qui est une jeune fille sublime, sûre d'elle avec énormément d'amis. Lui n’a que peu d'amis, voire pas du tout. Pendant quelques temps, il se réfugie auprès des meilleures amies de sa sœur… qui finissent par l'abandonner aussi.           
Ce livre est intéressant pour les raisons suivantes :     
Benjamin qui est le narrateur (39 ans), cherche des réponses sur cette tragédie qui a eu lieu il y a 24 ans. Il avait alors 15 ans, et cette enquête lui permet également de comprendre des choses sur lui-même, sur sa propre histoire personnelle.       
Devenu asocial sans amis, fumant des joints, voyant un psy… il ne cesse de refaire le film de sa vie. Il a des flashbacks provoqués par des éléments du quotidien. Par exemple, lorsque 10 ans après la disparition de sa sœur il retourne sur les lieux du drame pour la chercher, il se souvient de Summer, qui avait perdu un bracelet. Pendant des heures, elle le cherche partout jusqu'à en devenir folle sans résultats. Des semaines plus tard, elle le retrouve subitement « comme s’il l'appelait ». Benjamin attend que sa sœur « l'appelle »…                   
Cet ouvrage est perturbant car le cadre « spatio temporel » varie sans cesse :           
Tantôt le narrateur parle dans le présent avec son psy à 39ans, tantôt il en a 7 et observe d’ un coin de la pièce la réception de ses parents en admiration devant ces derniers, tantôt il en a 15 et fume un joint avec son (seul) ami sur le canapé de ses parents, tantôt encore 10 regardant sa sœur se baigner dans le lac avec ses amis tandis qu’il reste cloué sur sa chaise par sa peur de l'eau, ou encore 20 dans le lit d'une jeune femme..   
Benjamin est persuadé que sa sœur est au fond du lac Léman (en Suisse ou se déroule l’histoire), et il ne cesse de faire d’étranges rêves mettant en scène sa sœur dans des situations étranges « cette nuit, j'ai rêvé de Summer dans sa chemise de nuit(…)depuis quelques temps, elle m'apparaît dans une forêt ou la végétation semble perpétuellement humide(…)Elle fait face à deux grands oiseaux…je sais que ce sont nos parents…» Ces rêves montrent que Benjamin est perturbé par cette disparition. D'autres fois il l'imagine au fond du lac endormie, entourée de poissons. Le lac devient pour lui un lieu sombre et hostile rempli de monstres.          
On se met à la place de Benjamin lorsqu'il apprend que sa sœur n’est pas morte mais qu'elle préfère rester cachée : Cela le plonge dans un état de sidération. Lorsque sa mère lui révèle la vérité sur toute l'histoire de sa disparition, il est forcé de reconsidérer ce pique-nique, ces 24 dernières années. Une autre perspective s'ouvre à lui, sa vie se positionne sous un nouvel angle auquel il n’avait pas pensé.
En conclusion, ce rebondissement montre que parfois, soit nous pensons avoir des certitudes sur beaucoup de choses, mais nous « oublions » de regarder les choses sous un angle différent. Je mets « oublions » entre guillemet car parfois, cela est plus facile d'accepter des choses avec des certitudes que de tout remettre en question, d'avoir des doutes et d'affronter la vérité. Sam Teboul      
 

 Monica Sabolo nous raconte le drame d’une riche famille suisse  représentative d’un monde où prônent  la réussite sociale et les faux-semblants. C’est Benjamen Wassner, le vilain petit canard de la famille qui nous relate la disparition de Summer, sa sœur ainée,  lors d’un pique-nique au bord du lac Léman. Cette journée, le hantera toute sa vie.  Jamais il ne pourra l’effacer de sa mémoire et pourtant des fragments de celle-ci en resteront flous.

 J’ai été envoutée, charmée et troublée par ce livre déstabilisant au plus haut point.

J’ai plongé sans retenues  dans l’atmosphère sombre et aquatique du roman malgré un côté morbide pouvant refroidir. On se  noie très vite dans l’abîme des pensées du protagoniste  et on ressent de façon troublante sa phobie de l’eau dont tous ses rêves sont imprégnés.  

Ce livre nous tient en apnée du début à la fin, il est à la fois angoissant et exaltant, « Où étais-je cette nuit-là ? Où étais-je toute ma vie ? » On découvre certains souvenirs au moment où lui se les remémore, des flashes qui lui reviennent associés à des images  tronquées par sa mémoire, des secrets de famille qui ressurgissent… nous sommes au cœur même de ses pensées.   

On se rend compte que les apparences derrière lesquels se cachent la famille Wassner ne sont que le reflet d’esprits malades et détruits déjà bien avant la disparition de leur fille. C’est finalement pour le personnage disparu qu’on a le plus de sympathie et à qui on peut s’identifier le plus facilement .Malgré l’empathie qu’on a pour Benjamen  j’estime que le lecteur ne peut s’y attacher totalement. 

Pour conclure je conseille fortement ce livre dont l’écriture est accessible à tous et ensorcelante, l’histoire captivante et le dénouement inattendu. Un coup de cœur ni plus ni moins ! Romane Gosse