« Nuit de la lecture » : retour en images sur notre déambulation littéraire

Remise des Prix du Concours de Nouvelles Jules-Ferry 2021 « Une nuit à Paris »

Mises en voix de Paroles de femmes

« Paroles de femmes »

La Classe de 1ère HLP de Madame Viennot-Franca a rendu hommage à trois femmes d’exception : Gisèle Halimi, Anne Sylvestre et Juliette Gréco disparues au cours de l’année 2020. Les élèves ont lu aussi des extraits de textes de Simone de Beauvoir, George Sand, Hélène Cixous, Annie Ernaux,Tidjane Thiam, Virginie Despentes et Isabelle Pandazopoulos.

Mise en voix d’auteurs et d’autrices anglophones

Lecture d’extraits de textes choisis sur la thématique des femmes et de la nuit par une classe de première LLCE de Madame Vaninetti. Les élèves se sont intéressés à Jane Austen, Emily Dickinson, John Clare, Shakespeare, Philip Larkin et aussi Ella Fitzgerald.

Lecture de poèmes par des sixièmes

Lecture de poèmes écrits et illustrés par une classe de sixième de Mesdames Torrès et Sansonetti , dans le cadre d’une participation au concours « Patrimoines en poésie », en partenariat avec la Maison de Balzac. Exposition des créations artistiques des élèves et lecture d’extraits de romans pour le concours « Si on lisait à voix haute ».

Lecture de morceaux choisis – Projet Artcena

Mise en voix de morceaux choisis de La Truite de Baptiste Amann par la classe de seconde 2 de Madame Viennot-Franca. Projet mené avec Artcena et le CNSAD pour le Grand prix de littérature dramatique contemporaine.

Lecture de morceaux choisis de romans – Prix Folio des lycéens

Lectures d’extraits des titres en lice et présentation de carnets de lecture

 Lecture de morceaux choisis dans les ouvrages en lice pour le Prix Folio des lycéens, par la classe de seconde 5 de Madame Plus. Exposition des carnets de lecture.

Lectures par les élèves de l’atelier artistique grec

Lecture de poèmes d’auteurs grecs : Yannis Ritsos, Odysséas Elytis et présentation du projet artistique « L’Assemblée grecque », conçu dans le cadre de la SAFHAC – saison académique franco-hellénique des arts et de la culture du rectorat de Paris.

Elèves de quatrième, troisième et seconde, encadrés lors de l’atelier hebdomadaire, par leurs enseignants Madame Dehamel, Monsieur Terras, Madame Mazokopakis et 3 intervenantes en alternance : Nathalie Prokhoris, conteuse-comédienne ; Dimitra Kontou, chanteuse-comédienne et Niki Vélissaropoulou, réalisatrice-scénariste. Avec la partipation occasionnelle de Monsieur Bouchet, professeur et directeur de la chorale du lycée.

Objectif final de l’atelier : réaliser un film sur « L’Assemblée grecque de Jules-Ferry ».

Lecture de poèmes de J.S Siely -Jepcyhas par un collectif du lycée

Les enseignants : Mesdames Dehamel et Picardat, Messieurs Lhocine et Rocco et Nancy, élève de seconde 5

Lecture d’un florilège de poèmes de J.S. Siely – Jepcyhas, autrice de l’Ouvre-mot par un collectif du lycée.

Participation de notre partenaire culturel – Librairie de Paris

Rencontre avec Béatrice Madrid, chargée de communication à la Librairie de Paris, notre partenaire sur différents projets. Présentation de la Librairie, des métiers du livre, du Pass Culture et focus sur les événements littéraires à venir.

Jeu Matrimoine Go !

 Jeu « Matrimoine Go ! «  réalisé par Edith Vallée, autrice du Matrimoine de Paris, autour de femmes emblématiques parisiennes, avec la contribution d’une classe de terminale HIDA et son enseignante de lettres, Madame Plus, sur les figures féminines du 9ème arrondissement.

Escape Game du CDI Lycée

Jeu littéraire créé par le CDI du lycée.

Lors de la nuit de la lecture, nos visiteurs ont été piégés dans une faille temporelle et se sont retrouvés en1913, année de la construction de notre lycée.

Résoudre des énigmes, réussir des quiz littéraires et artistiques : tels ont été les défis à relever pour obtenir le code de dévérouillage de la porte de bronze, sortir du lycée et revenir en 2021 !

Manifestation organisée par l’équipe des CDI en collaboration avec toute la communauté scolaire et nos partenaires culturels, avec le soutien de la Direction.

Alice Zeniter, lauréate du Goncourt des Lycéens pour son roman « L’Art de perdre », rencontre les élèves de 2nde 6 et de 1ère L1


Une romancière au lycée Jules Ferry

Compte-rendu du travail lettres-histoire réalisé autour de l’Art de perdre d'Alice Zeniter et de l’échange entre la romancière et les élèves de seconde 6 et de première L1 le jeudi 12 avril 2018

Jeudi 12 avril, le lycée Jules Ferry a eu la chance d’accueillir la romancière Alice Zeniter pour une conversation autour de son livre L’Art de perdre , paru chez Flammarion et récompensé par le Goncourt des lycéens 2017.

« L'Art de perdre raconte l'histoire émouvante de Naïma, petite-fille de harki, dont la famille est contrainte de fuir l'Algérie en 1962. On assiste successivement à l'arrivée du FLN, l'indépendance de l'Algérie, l'exil de la famille en France, puis la vie dans les camps et les HLM. Les personnages tentent de vivre dans une contrée raciste alors que le pays d'où ils viennent les méprise. Une pied-noir dira à Hamid, le père de Naïma, en désignant les Français : « La seule chose qui leur faisait plus peur que nous, c'était vous, les Bougnoules. »

L'auteur, elle-même petite-fille de harki, raconte indirectement son histoire à travers cette œuvre de fiction. Une histoire trop longtemps restée silencieuse. Elle raconte de façon bouleversante mais élégante les souffrances de milliers de personnes.

Ce récit est captivant, à la fois triste et magnifique. On s'attache à cette famille rejetée de tous, condamnée au silence et à l'oubli de ses origines pour essayer de s'intégrer dans un pays dont elle ne sait presque rien. Souvent qualifié de « chef-d’œuvre », ce roman raconte, avec subtilité et brutalité, un passé douloureux et presque oublié d'une famille ayant tout perdu: ses biens, sa dignité, sa noblesse et même sa culture. » critique d'Hélène D. élève de 2nd 6

La rencontre avec Alice Zeniter fut le point d'orgue de deux démarches pédagogiques distinctes menées en seconde et première L et associant lettres et histoire.

En seconde 6, le roman a été lu et analysé dans le cadre du Goncourt des lycéens, encadré par le professeur de lettres Marina Plus et les documentalistes Sandrine Mazokopakis et Amandine Chong. La participation à ce prix littéraire a été associée à un travail sur la vie littéraire et le métier d'écrivain en littérature et société avec le professeur d'histoire Guillaume Nodé-Langlois. En première L1, le cours d'histoire sur la guerre d'Algérie assuré par Marie Cuirot a donné lieu à une réflexion sur le lien entre histoire et littérature. Une étude comparative de la mémoire de l'embuscade de Palestro a été réalisée à partir des travaux de l'historienne Raphaëlle Branche et du chapitre 11 du roman d'Alice Zeniter.

En amont de la rencontre avec la romancière du 12 avril, les élèves de seconde 6 et de première L1 ont reçu une contextualisation historique grâce à la venue d'une exposition itinérante intitulée« la guerre d’Algérie, histoire commune, mémoires partagées » prêtée par l’Office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre (ONACVG) et présentée dans le hall du lycée du 12 au 23mars.

Enfin, les lycéens ont dégagé quelques thèmes du roman sur lesquels ils ont préparé une dizaine de questions qu'ils posèrent à Alice Zeniter. Nous vous proposons ici le résumé des réponses de la romancière.

Lien entre l’histoire et la fiction :

Ce qui est intéressant dans le travail de l’historien – et de Raphaëlle Branche en particulier- c’est qu’il travaille non seulement sur un événement mais aussi sur la ou les manières dont l’événement est présenté dans l’opinion publique. Pour l’embuscade de Palestro, les historiens ont mis à jour et démonté les mécaniques de propagande de l’armée française et des politiques relayés par les médias de l’époque, faisant de l’attaque des 21 rappelés du contingent français un massacre symbolique de la cruauté du FLN. Ils expliquent comment s’est formée la mémoire en France. Pour une romancière, cette mémoire est un matériau de fiction idéal dans la mesure où elle est par essence une construction donc de la fiction. C'est la raison pour laquelle au début du chapitre 11, Alice Zeniter expose la version de l'embuscade de Palestro retenue par l'opinion publique française.

Pour autant « la fiction tout comme les recherches sont nécessaires ». Les livres d’Histoire racontent « scientifiquement » ce qui s’est passé, expliquent les mécanismes de la mémoire et influencent notre vison des événements. Dans le roman, on raconte l’Histoire par le biais d’un personnage neutre. Ali, qui vit les événements ne sait alors rien de toutes les études qui en ont été faites plus tard par les historiens. C’est une approche individualisée et sensible de l’Histoire qui est donnée. Elle est forcément subjective mais aussi très vivante.

Lien entre le narrateur (Naïma ) et l’auteur (Alice Zeniter)

On présente l’Art de perdre comme un roman autobiographique mais il ne faut pas confondre la narratrice Naima avec l’auteur, Alice Zeniter. Évidemment, l’auteur utilise des éléments de sa propre histoire (sa vie en Normandie, son histoire familiale) mais il ne s’agit pas d’un « copie-collé » de son existence sur celle du personnage de Naima.

Alice Zeniter a affirmé avec force « je suis l’auteur, j’écris le roman, je ne peux pas être un personnage du livre puisque je le construis ou alors je suis tous les personnages. Un personnage , et en particulier la narratrice Naïma, est forcément fictionnel. Pour le construire, je m’empare de mon histoire, je m'empare de l’Histoire et j’en fais ce que je veux. »

Le personnage d’Ali : un homme face à des choix ?

La question du choix dans une guerre d’indépendance semble cruciale. De manière manichéenne, on a présenté après coup comme évidente la possibilité de choisir entre le FLN et l’Algérie française pendant la guerre d’Algérie. Cette question philosophique du choix est centrale dans le roman et se pose en particulier avec le personnage d’Ali. Or, Ali ne choisit pas, le « choix » s’impose à lui. Alice Zeniter a voulu casser cette idée du déterminisme : « La liberté des hommes est une fiction. Ali n’est pas libre de choisir le FLN ou l’Algérie française. » Plusieurs éléments rendent en effet difficile le choix : la survie économique, la perte d’un ami ou d’un proche (dans le roman, l’assassinat de l’ancien combattant, ami d’Ali), la place dans la société (Ali est patriarche, chef de clan, sa décision n’implique donc pas que lui mais tout son clan)… C’est très facile de juger après coup, lorsque la situation est dépassionnée mais sur le moment, Ali « subit » les événements.

Le personnage d’Hamid : le jugement d’un fils et la construction d’une existence « déracinée » ?

Typiquement , Hamid, le fils d’Ali ne comprend pas ce qu’il estime être le « choix » de son père. Son incompréhension vient du fait qu’il n’a pas la même grille de lecture des événements. Le contexte a changé dans les années 80 : on voit dans le harki un traître. Hamid ne comprend pas que son père n’a pas les mêmes repères et qu’il n’a pas « raté l’indépendance » car il n’en avait même pas conscience. Il en ressort une incompréhension mutuelle entre Ali, le père qui se mure dans le silence et Hamid, accusateur et qui finit par se détacher de sa famille et de ses « racines ». La solution pour cesser de se disputer est d’accepter qu’on ne se comprend pas.

La religion

La croyance religieuse et en particulier celle au Mektoub influe le « non choix » d’Ali. En effet, selon le Mektoub « tout est déjà écrit », cela rend inutile toute volonté de changer le cours de l’histoire. Ali n’a pas de conscience politique, il s’en remet à Dieu. Hamid lui s’émancipe de la religion pour « prendre sa vie en main ». Il est ici plus question de pratique que de croyance. Dans l’enfance et jeune adulte, Hamid ne croit pas forcément mais il pratique et fait « par habitude », par « tradition » le ramadan. Lorsqu’il décide d’arrêter le ramadan, il le fait pour « gommer les stigmates qui font que la société française le rejette », il rompt avec des habitudes de sa famille et fait un choix identitaire.

Les personnages : des héros ?

Le roman fait allusion à des héros comme Ulysse et Enée. Ali, le harki peut-il être un héros, un nouvel Ulysse ? Oui assurément. En fait, il n’y a pas d’être humain qui ne mérite d’être chanté. Chaque être humain est un héros potentiel. Les « migrants » qu’on déshumanise par un pluriel généraliste sont autant de héros individuels qui réalisent une Odyssée digne d’être chantée. Traditionnellement, ce n’est pas un « bon » sujet de la littérature française qui depuis un siècle a été majoritairement masculine, blanche et bourgeoise. Cela commence à changer. Des écrivain-e-s choisissent leur héros parmi les habitants de ZUS, les immigrés… Alice Zeniter en fait partie et admire les romanciers réalistes du XIXème siècle qui avaient cette même démarche.

L’identité d’un Français « issu de l’immigration »

Peut-on se dire « Algérien » si on est de nationalité française. La question de l’identité et de l’héritage du pays d’origine est centrale dans le roman. Le pays dont parle Naïma est le pays d’origine de ses grands parents et de son père enfant. Le pays auquel se réfèrent les « Français issus de l’immigration » est en fait un pays lointain, une construction imaginaire qui n’est plus en phase avec la réalité du présent : ces Français qui se sentent (ou même se disent) Algériens ne savent pas précisément ce qui s’y passe au quotidien, il ne participent pas à la vie politique, culturelle du pays… Ils ont en héritage de ce pays la couleur de peau et une image qu’ils se construisent et qui est nécessairement fantasmée. Pour Naïma, c’est l’image faite des souvenirs que sa grand-mère Yéma lui transmet. L’Algérie devient un ailleurs rêvé, fantasmé et ce fantasme est entretenu soit par le récit de ceux qui en sont partis ( la grand-mère) soit par le silence (c’est le cas d’Ali).

Lien avec le poème d’Elizabeth Bishop l’Art

On a parlé de « déracinement » pour évoquer les Français issus de l’immigration. En fait la solution est donnée par le poème d’Elizabeth Bishop , l’Art de perdre.

Chacun a droit à l’histoire, chacun doit pouvoir connaître ce qui s’est passé dans son pays d’origine mais il ne doit pas être déterminé par l’histoire. On ne peut s’émanciper de son histoire que si on la connaît. Alors faut-il avoir peur de « perdre ses racines » ? Personne n’est assigné à une résidence biologique, « l’art de perdre » ce n’est pas tout oublier, au contraire, c’est connaître et dépasser, c’est un acte de résilience par la connaissance.

Rôle de la littérature dans la société

Alice Zeniter se présente comme une auteure résolument engagée. Elle se pose la question du poids de la littérature dans la société. Bien entendu, ce ne sont pas les romans à eux seuls qui vont changer le monde de manière significative. Mais ils ont un rôle à jouer.

A la différence de l’Histoire, le roman propose une vision sensible des événements. La fiction a aussi cette capacité à arracher un mot du sens étroit ou connoté qu’on a pris l’habitude de lui donner. Par exemple, le mot « harki » a longtemps eu et a encore une résonance très négative d’extrême droite, le harki, c’est « le traître », le « collabo ». Le personnage d’Ali, parce qu’on entre dans son intimité, dans la complexité de son histoire, donne un autre sens au mot « harki ». Le roman donne sa vision de l’Histoire à travers un héros. Longtemps Alice Zeniter n’a pas pu prononcer le mot « harki », l'écriture de l'Art de perdre l'a réconciliée avec ce mot.

Compte rendu de Madame Cuirot, professeur d'histoire-géographie de la classe de 1èreL1, HIDA.

 

Suite du Goncourt lycéens !

Les élèves de 2 nde 6 ont eu la joie de recevoir aujourd'hui  François-Henry Désérable auteur du roman : Un certain Monsieur Piekielny.
Roman qui peut se lire comme une enquête menée  à Vilnius sur les traces de Romain Gary. Mais c'est également un livre sur le pouvoir de l'imaginaire et son lien avec le réel. Le roman, comme son auteur a beaucoup plu à la classe et les questions étaient nombreuses ! 
Marina Plus, professeure de français de la classe.
 

Prochain rdv le 12 avril pour la visite d'Alice Zeniter 

Alice Zeniter remporte le Prix Goncourt des Lycéens 2017 !

Le Prix Goncourt des lycéens a été attribué à Alice Zeniter pour L'Art de perdre, jeudi 16 novembre à Rennes.

Treize lycéens représentant les 56 lycées participants se sont retrouvés à Rennes jeudi pour la délibération nationale et ont annoncé le lauréat vers 12h45. La remise du Prix aura lieu ensuite à 18h30 à la Fnac Ternes à Paris.

" L’Algérie dont est originaire sa famille n’a longtemps été pour Naïma qu’une toile de fond sans grand intérêt. Pourtant, dans une société française traversée par les questions identitaires, tout semble vouloir la renvoyer à ses origines. Mais quel lien pourrait-elle avoir avec une histoire familiale qui jamais ne lui a été racontée ?
Son grand-père Ali, un montagnard kabyle, est mort avant qu’elle ait pu lui demander pourquoi l’Histoire avait fait de lui un « harki ». Yema, sa grand-mère, pourrait peut-être répondre mais pas dans une langue que Naïma comprenne. Quant à Hamid, son père, arrivé en France à l’été 1962 dans les camps de transit hâtivement mis en place, il ne parle plus depuis longtemps de l’Algérie de son enfance. Comment faire ressurgir un pays du silence ?"
 Résumé de l'oeuvre sur Babélio

Nos élèves ont lu et apprécié L'Art de perdre d'Alice Zeniter, voici deux de leurs critiques :

 " Naïma sait d'où elle vient, mais personne ne lui en parle jamais. Son père Hamid  a vécu en Algérie toute son enfance, mais n'en parle plus depuis longtemps. Quant à son grand-père il est mort avant qu'elle puisse lui poser des questions. La seule personne qu'elle pourrait interroger, sa grand-mère Yema, ne parle  pas la même langue qu'elle. Comment vivre sans connaître l'histoire de sa famille, alors que de notre temps, les origines sont si importantes? L'art de perdre est un livre fabuleux, qui retrace l'histoire d'une famille durant plusieurs générations.  Nous commençons le livre avec l'histoire d'Ali, suivi de celle d’Hamid, et pour finir de celle de Naïma. C'est donc très intéressant de voir qu' au fil du livre, les temps changent, par exemple: Yema et Ali sont mariés de force, Hamid et sa femme sont tombés amoureux, et Naïma enchaîne les relations et les ruptures.(..)

J'ai adoré toute la première partie sur Ali, le livre parle très bien de la guerre et de ses problèmes. Par exemple avec cette phrase " En quoi ça sert l'Algérie si je meurs ? C'est pas lui rendre service. Moi je suis jeune, je suis fort et j'aime mon pays. Je veux être là pour le construire. Si les gars comme moi vont tous se faire tuer, qui va la construire, ton Algérie libre ? Les vieillards et les femmes ? " Cette citation m'a marquée car je trouve quelle explique bien le problème de beaucoup de guerres dans le monde, et c'est aussi une question que je me pose au quotidien sur tout ce qui se passe en ce moment.Il y a aussi toutes les questions sur les tyrans, je trouve qu'Alice Zeniter a parfaitement parlé du sujet "Ceux qui veulent assez fort le pouvoir pour l'obtenir, ce sont ceux qui ont des egos monstrueux, des ambitions démesurées, ce sont tous des tyrans en puissance. Sinon ils ne voudraient pas cette place."

Ce que j'ai aussi aimé, c'est qu'elle n'idolâtre pas un camp ou un autre, elle parle justement des deux, et exprime aussi très bien le choix que doivent faire les Algériens à cette époque, choisir entre rester en Algérie leur pays natal, où ils ont tous vécu eux et leurs ancêtres, ou partir en France où ils seront en sûreté et où rien ne leur arrivera. "Choisir son camp n'est pas l'affaire d'un moment et d'une décision unique, précise. Peut-être, d'ailleurs, que l'on ne choisit jamais, ou bien moins que ce que l'on voudrait. Choisir son camp passe par beaucoup de petites choses, des détails. On croit n'être pas en train de s'engager et pourtant, c'est ce qui arrive."

Finalement, ce livre est un très bon livre même si je le trouve trop long; il raconte très bien l'histoire de la guerre de l'Algérie et ce qu'elle a entraîné avec elle, pendant plusieurs générations. Je finirai cette critique en parlant de la phrase qui m'a le plus marquée dans tout le livre, "Ce qu'on ne transmet pas, ça se perd, c'est tout.Tu viens d'ici mais ce n'est pas chez toi ".  Un phrase très forte qui démontre bien tout ce qu'ont ressenti les générations qui ont suivi la guerre car elle semble priver d'une partie de leur passé les personnes qui n'ont pas connu le pays de leur famille ; personnellement, je pense qu'on peut se sentir rattaché à la terre de nos ancêtres sans y avoir jamais vécu. (…)

Enfin, ce livre m'a beaucoup touchée car l'histoire ressemble beaucoup à celle de ma famille: mon grand-père a quitté l'Algérie avec sa famille pendant la guerre et ne m'en a pas beaucoup parlé." Gabrielle Manhes (critique intégrale dans "Critiques en herbe")

" L’art de perdre est un livre progressif. A travers Naïma, on découvre l’histoire de sa famille kabyle, les traditions, le combat du FLN contre l’envahisseur, et la violence des combats ainsi que la difficulté de s’adapter à une nouvelle culture, quand on est réfugié. On suit également l’évolution d’Hamid, qui cherche à se libérer de son père Ali et de son passé douloureux. Ce livre est une ode à la jeunesse, la liberté et la résistance.

Nous avons plutôt apprécié le roman d’Alice Zeniter pour son profond témoignage sur la guerre d’Algérie. Elle-même issue d’une famille originaire de Kabylie, dans une fresque romanesque puissante et audacieuse, nous raconte le destin de cette famille vivant entre la France et l’Algérie, prisonnière d’un dur passé ". Garance Leloup-Inès Habibi-Néné Sy-Raffaëla Zinck

Pour nos élèves de la classe de seconde 6, l'aventure se poursuit puisque la classe est invitée à Rennes les 29, 30 novembre et 1er décembre, par l'association organisatrice du Goncourt Bruit de Lire.

Durant ces journées, rencontres, entretiens et ateliers ainsi que des divers rendez-vous nous seront proposés par l'association Bruit de lire en partenariat avec des acteurs culturels rennais. En voici un florilège :

– rencontre avec les auteurs et les académiciens Goncourt

– entretiens autour du livre et de l'écrit (éditeurs, critiques littéraires, libraires, bibliothécaires, scénaristes…                 

– atelier d'écriture géant

– présentation des livres en lice et lecture d'extraits par les élèves                                   

– projection de courts-métrages

Une programmation vraiment riche et alléchante, nous avons hâte d'y être !

 

 

 

 

 


 

L’aventure du Goncourt continue… nos jurés sélectionnent leurs trois ouvrages préférés

Au cours d'une après-midi, alternant échanges et vifs débats autour des quinze ouvrages en lice, nos élèves ont voté d'une part pour leurs livres préférés mais aussi pour élire leur délégué, chargé de représenter la classe lors de la délibération régionale.

]

Les trois livres choisis (tiercé donné dans l'ordre alphabétique d'auteur) sont : La disparition de Josef Mengele, d'Olivier Guez – Bakhita de Véronique Olmi – Summer de Monica Sabolo

C'est Damarys Bagassien Mohande, qui a été élue par ses camarades pour défendre leur choix au sein de la délégation régionale, lundi 13 novembre.

A l'issue du vote de la délégation régionale d'Ile-de-France, les trois livres retenus (en ordre aléatoire) sont :  Bakhita de Véronique Olmi – Summer de Monica Sabolo- L'art de perdre d'Alice Zeniter

      Les délégués des lycées d'Ile-de-France et des lycées français à l'étranger lors de la délibération régionale le 13/11

Résultat du vote final, jeudi 16 novembre !

Et ne manquez pas les interviews en vidéo de nos élèves et professeurs  sur les sites de nos partenaires presse la FNAC et Babélio.

https://www.youtube.com/watch?v=4c3fk4YXlGY   reportage de Babélio 

"Durant le mois d'octobre 2017, nous avons suivi les premières phases de lecture, délibérations et rencontres du prix Goncourt des Lycéens 2017. Voici quelques paroles d'élèves et d'un professeur, d'abord au lycée Jules Ferry (Paris 9e), puis à l'université Jussieu (Paris 5e), qui nous racontent l'opération." 

https://www.youtube.com/watch?v=j0Vh2ATe3Yw reportage de la Fnac  "30e édition du Goncourt des Lycéens : ils ont la parole ! "

Et voici les toutes dernières critiques de nos élèves, rédigées avec beaucoup d'enthousiasme et de sincérité. On y décèle un esprit critique de plus en plus aiguisé.

L'Art de perdre, Alice Zeniter

Naïma sait d'où elle vient, mais personne ne lui en parle jamais. Son père Hamid  a vécu en Algérie toute son enfance, mais n'en parle plus depuis longtemps. Quant à son grand-père il est mort avant qu'elle puisse lui poser des questions. La seule personne qu'elle pourrait interroger, sa grand-mère Yema, ne parle  pas la même langue qu'elle. Comment vivre sans connaître l'histoire de sa famille, alors que de notre temps, les origines sont si importantes?L'art de perdre est un livre fabuleux, qui retrace l'histoire d'une famille durant plusieurs générations.  Nous commençons le livre avec l'histoire d'Ali, suivi de celle d’Hamid, et pour finir de celle de Naïma. C'est donc très intéressant de voir qu' au fil du livre, les temps changent, par exemple: Yema et Ali sont mariés de force, Hamid et sa femme sont tombés amoureux, et Naïma enchaîne les relations et les ruptures.

Mais même si ce « combo » générationnel est intéressant, je dois avouer que je n'ai pas du tout aimé toute la partie où Hamid rencontre sa femme et toute l'histoire de Naïma. J'ai trouvé qu'elle était de trop et que le livre aurait été meilleur sans, car le roman nous freine par sa longueur.Au contraire, j'ai adoré toute la première partie sur Ali, le livre parle très bien de la guerre et de ses problèmes. Par exemple avec cette phrase " En quoi ça sert l'Algérie si je meurs ? C'est pas lui rendre service. Moi je suis jeune, je suis fort et j'aime mon pays. Je veux être là pour le construire. Si les gars comme moi vont tous se faire tuer, qui va la construire, ton Algérie libre ? Les vieillards et les femmes ? " Cette citation m'a marquée car je trouve quelle explique bien le problème de beaucoup de guerres dans le monde, et c'est aussi une question que je me pose au quotidien sur tout ce qui se passe en ce moment.Il y a aussi toutes les questions sur les tyrans, je trouve qu'Alice Zeniter a parfaitement parlé du sujet "Ceux qui veulent assez fort le pouvoir pour l'obtenir, ce sont ceux qui ont des egos monstrueux, des ambitions démesurées, ce sont tous des tyrans en puissance. Sinon ils ne voudraient pas cette place."

Ce que j'ai aussi aimé, c'est qu'elle n'idolâtre pas un camp ou un autre, elle parle justement des deux, et exprime aussi très bien le choix que doivent faire les Algériens à cette époque, choisir entre rester en Algérie leur pays natal, où ils ont tous vécu eux et leurs ancêtres, ou partir en France où ils seront en sûreté et où rien ne leur arrivera. "Choisir son camp n'est pas l'affaire d'un moment et d'une décision unique, précise. Peut-être, d'ailleurs, que l'on ne choisit jamais, ou bien moins que ce que l'on voudrait. Choisir son camp passe par beaucoup de petites choses, des détails. On croit n'être pas en train de s'engager et pourtant, c'est ce qui arrive."

Quant à la partie du roman où ils sont en France, j'ai beaucoup aimé le début, quand ils sont dans le camp de transit, je trouve très intéressant de voir cette famille essayer d'avancer dans un pays qui n'est pas le leur. Alice Zeniter le démontre bien avec toujours une pointe d'humour "Ils ont tellement de papiers, tous ces français, commente Yema dans la cuisine en secouant la tête. On se demande bien ce qu'on peut faire ici sans les papiers. Mourir ? Moi je suis sûre que même pour ça, ils te demandent les documents et que si tu les as pas, ils te maintiennent vivant jusqu'à ce que tu les trouves… ". Quant à Hamid, pendant tout le livre on grandit avec lui, on apprend à aimer avec lui, "L'amour, c'est bien, oui, dit Ali à son fils, c'est bon pour le cœur, ça fait vérifier qu'il est là. Mais c'est comme la saison d'été, ça passe. Et après il fait froid.", mais on apprend aussi que grandir dans deux pays différents crée un fossé entre deux personnes même si elles sont de la même famille "La langue crée un éloignement progressif. L'arabe est resté pour eux un langage d'enfant qui ne couvre que les réalités de l'enfance. Ce qu'ils vivent aujourd'hui, c'est le français qui le nomme, c'est le français qui lui donne forme, il n'y a pas de traduction possible. Alors, quand ils s'adressent à leurs parents, ils savent qu'ils s'amputent de toute une maturité nouvelle et qu'ils redeviennent des gamins de Kabylie. Il n'y a pas de place dans les conversations entre l'arabe qui pour eux s'efface dans le temps et le français qui résiste à leurs parents, pour les adultes qu'ils sont en train de devenir." Au fil du livre, on voit que Hamid renonce au fur et à mesure à ses origines, il commence par la religion, puis continue par la langue et finit par rompre avec son passé.

Finalement, ce livre est un très bon livre même si je le trouve trop long; il raconte très bien l'histoire de la guerre de l'Algérie et ce qu'elle a entraîné avec elle, pendant plusieurs générations. Je finirai cette critique en parlant de la phrase qui m'a le plus marquée dans tout le livre, "Ce qu'on ne transmet pas, ça se perd, c'est tout.Tu viens d'ici mais ce n'est pas chez toi ".  Un phrase très forte qui démontre bien tout ce qu'ont ressenti les générations qui ont suivi la guerre car elle semble priver d'une partie de leur passé les personnes qui n'ont pas connu le pays de leur famille ; personnellement, je pense qu'on peut se sentir rattaché à la terre de nos ancêtres sans y avoir jamais vécu.

Enfin, ce livre m'a beaucoup touchée car l'histoire ressemble beaucoup à celle de ma famille: mon grand-père a quitté l'Algérie avec sa famille pendant la guerre et ne m'en a pas beaucoup parlé. Gabrielle Manhes

L'Ordre du Jour, Éric Vuillard

Dans L'Ordre du Jour, l'auteur nous fait pénétrer dans les coulisses de l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne en 1938. Éric Vuillard nous montre comment les grands industriels allemands de l'époque (et qui le sont toujours) ont aidé financièrement Hitler après la campagne électorale, qu'ils ont donc une grande part de responsabilité dans la mise en œuvre des projets d'Hitler. Dans le livre, on se retrouve immergé dans le contexte politique d'avant-guerre. On assiste à l'opposition entre deux dictateurs, Hitler et Schuschnigg, et on se rend compte du laxisme des dirigeants français et britanniques devant les actes d'Hitler en Autriche. C'est un roman historique mais on peut apprécier ce livre sans être un passionné d'histoire.

Tout d'abord, le livre a un grand intérêt historique, l'auteur parle d'un moment de l'Histoire qui est peu raconté et qui est le début de l'invasion allemande en Europe de l'Est. Cette annexion de l'Autriche ne fut pas militaire mais diplomatique, on suit tout au long du livre les négociations auxquelles le chancelier-dictateur Schuschnigg finit par céder. L'auteur a fait beaucoup de recherches pour parler avec précision de certains aspects de cette annexion. Par exemple, le chemin des troupes allemandes pour arriver à Vienne et faire défiler Hitler, le nom des principaux dirigeants nazis qui prenaient part aux négociations. J'ai vraiment aimé le fait d'être un spectateur direct de l'annexion.

Cependant, avant que l'on ait pénétré dans l'Histoire, le premier chapitre est assez long et rébarbatif. Il est très implicite et sans vraies précisions. On comprend que vingt-quatre riches industriels sont dans une salle avec un dirigeant, aucune précision n'est donnée sur les identités de chacun. L'auteur pour désigner les industriels dit : « vingt-quatre masques ». Ce n'est que dans le second chapitre que l'on nous donne les noms des industriels (Bayer, Opel,etc.) et du dirigeant qui est le dictateur Adolf Hitler.

Dans cet ouvrage, l'auteur relate un moment de l'Histoire tragique mais il ne manque d'ajouter des touches d'humours qui sont remarquablement placées. Il y en a lors des réunions entre les deux dictateurs, aussi l'auteur voit le chancelier autrichien Schuschnigg comme un faible dictateur ayant peur d'Hitler et se moque de lui. Dans l'Ordre du Jour, l'auteur a une vision sombre du contexte politique des années 1930 mais il l'atténue avec son ton comique, par exemple lorsque Hitler est hors de lui lors d'une réunion avec son homologue autrichien, Hitler qui paraît si puissant aux yeux de toute l'Europe semble bien vulnérable à ce moment-là. Simon Anquetil

La disparition de Josef Mengele, Olivier Guez

Dans le cadre du prix Goncourt des lycéens, j'ai eu l'occasion de découvrir l’œuvre d'Olivier Guez, La disparition de Joseph Mengele, il s'agit d'un roman qui mêle faits réels et fiction. J'ai apprécié ce livre et vous propose d'en faire sa critique. La disparition de Joseph Mengele raconte l'histoire d'un des plus grands criminels de guerre allemands, et plus précisément la fuite du médecin d’Auschwitz, Joseph Mengele, alias Gregor, en Argentine.

La question qu'un futur lecteur serait en mesure de se poser est « Est-ce qu'un livre entier sur un criminel de guerre ne serait pas trop ennuyeux ? Ne faut-il pas connaître le personnage pour comprendre l’œuvre ?»

J'ai trouvé ce livre très intéressant puisqu'il ne retrace non pas la vie d'un criminel hautement recherché mais la vie d'un simple homme, car l'auteur a souhaité montrer « le petit homme qu'était Joseph Mengele. » et n'a donc prêté attention qu'au personnage qu'il est devenu après la chute du troisième Reich. Le livre est très captivant, du moment où Mengele rencontre des anciens nazis, jusqu'à sa noyade, Olivier Guez a cherché à donner un rythme rapide au déroulement du roman, et rappelle les expériences atroces de son personnage, son passé inhumain. On y ressent la peur, la méfiance, le doute qui suivent le protagoniste dans sa fuite.

Néanmoins même si l'auteur réussi à nous captiver, le début du roman reste difficile à apprécier    pour ses descriptions incessantes, le protagoniste est en fuite, et l'auteur n'a de cesse de décrire sa situation cloîtrée dans son appartement. Cela donne des longueurs à plusieurs chapitres du roman.

En conclusion ce livre me semble intéressant, il m'a permis de prendre conscience que les criminels de guerre ont pour destin la fuite et ne seront jamais tranquilles jusqu'à leur mort. Ce livre est un moyen de transmettre les horreurs de la guerre et la capacité humaine à mal agir au nom d'une idéologie. Stel Yus

A la fin de la seconde guerre mondiale, le docteur Josef Mengele, médecin chef du camp d’extermination d’Auschwitz, prend la fuite d’abord dans l’Allemagne en libération, puis réussit à quitter le territoire allemand pour l’Amérique du Sud. Olivier Guez nous raconte la fuite de « l’ange de la mort », à travers d’abord l’Argentine, puis le Paraguay et le Brésil. Traqué par la communauté internationale et par les agents israéliens du Mossad, la vie de Mengele tourne vite au cauchemar : paranoïaque, son stress lui ronge les organes et le rend de plus en plus malade de jour en jour. Nous suivons donc l’homme le plus recherché de cette époque jusqu’à sa mort sur une plage du Brésil en 1979.

Je conseille vivement ce roman à tous les lecteurs quel que soit leur niveau de lecture, car l’auteur a réussi à écrire un roman passionnant, que l’on ne peut pas lâcher. En effet, Olivier Guez a réalisé un travail d’historien exceptionnel, son livre est doté d’une immense quantité de détails et d’informations historiques qui rendent le livre très intéressant. Quant au style, ce roman est écrit d’une telle façon qu’au fil des pages on s’identifie au personnage, on se sent traqué en même temps que Mengele. C’est là que l’on voit toute l’étendue du talent d’Olivier Guez, qui a parfaitement su écrire un roman historique d’une telle qualité, tout en romançant avec brio la fuite d’un personnage aussi diabolique. Tom Chaurand

Nos richesses, Kaouther Adimi

La librairie Les vraies richesses, à Alger, est rachetée en 2017 pour devenir une boulangerie. Ryad, qui doit la vider, voit son objectif se compliquer par un vieil homme nommé Abdallah. Il a connu Edmond Charlot, celui qui a ouvert ce petit paradis de littérature en 1935, et a repris la direction des Vraies richesses quand elle s’est transformée en bibliothèque dans les années 90.

Kaouther Adimi raconte avec douceur. Aucun passage n’agace le lecteur ou le pousse hors de soi. C’est un voyage fabuleux et délicat, entre les carnets d’Edmond Charlot inventés par l'écrivain, la sagesse d'Abdalah, le nettoyage de Ryad et l'histoire algérienne. Ce roman est apaisant par son calme toujours présent, même quand il s’agit de parler de la Seconde guerre mondiale ou autre drame qu'a vécu l'Algérie.

De surcroît, les personnages sont attachants, sensibles et fouillés en profondeur, on comprend le caractère de chacun en à peine quelques phrases. La solidarité du voisinage de la librairie est surprenante, on apprécie la découverte de cette ambiance et on aimerait être en Algérie avec eux. C’est un roman poignant au style d'écriture simple, accessible à tous, et qui est enrichissant émotionnellement et culturellement.

Le récit a un rythme parfait. Les anecdotes sont captivantes comme celle qui nous explique comment continuer à publier des livres en période de guerre quand il n'y a plus de papier. Théoline Lanckriet

Niels, Alexis Ragougneau

Copenhague, 1945. Niels Rasmussen, résistant danois spécialisé dans les explosifs rentre chez lui après une dernière mission de sabotage, le Danemark est libéré de ses occupants. Tout va bien pour Niels qui est un héros de la guerre et dont la compagne, Sarah, résistante elle aussi, attend un enfant. Tout ce bonheur sera contrarié par l’arrivée d’un étrange courrier anonyme dont le contenu alerte Niels et le force à se rendre à Paris en urgence : en effet, Niels était avant la guerre, metteur en scène à Paris. Le courrier lui apprend que son ami Jean-françois Cannonier, dont il mettait en scène les pièces avant le conflit, a été arrêté et va être jugé pour collaboration et intelligence avec l’ennemi. Niels cherche alors des réponses et se décide à partir pour Paris, pour comprendre, et sauver son ami qu’il croit innocent des crimes dont on l’accuse. Il va alors découvrir la France de la libération, une France déchirée entre collaboration et résistance, entre le bien et le mal, l’obscurité et la lumière.

 Alexis Ragougneau, auteur de théâtre à succès, revient en force avec un roman cette fois. On sent tout de même que le théâtre reste extrêmement présent, pour ne pas dire omniprésent dans la nouvelle œuvre d’Alexis Ragougneau. Ce livre est d’une écriture simple, à la portée de beaucoup, mais qui décrit pour autant très bien des choses compliquées, comme les difficultés de l’amitié et les méandres du courage et de l’héroïsme. Un élément intéressant est le fait que l’auteur a inséré dans son roman deux pièces de théâtre très courtes en un acte, mais pour décrire des passages pas fondamentalement indispensables à la compréhension de l’histoire.

Un bon livre, qui nous fait nous poser des questions, et qui nous fait nous interroger sur le rôle de certains à la fin de la seconde guerre mondiale, sur l’atteinte qu’ont pu avoir la guerre et ses conséquences sur des esprits dans le doute et la recherche de réponses. Tom Chaurand

Un certain M.Piekielny, François-Henri Désérable

Après avoir lu dans La promesse de l’aube qu’un certain M.Piekielny avait connu et cru en l’avenir du célèbre auteur Romain Gary lorsqu’il était enfant, François-Henri Désérable part sur ses traces et cherche à comprendre qui est cet homme inconnu à la barbe roussie par le tabac. Même si le livre est une enquête, un mystère reste irrésolu : pourquoi l’auteur a-t-il été autant intéressé par cet homme ? Peut-être est-ce parce que durant tout le livre, François-Henri Désérable mêle son histoire à celle de Romain Gary, et peut-être a-t-il pensé que M.Piekielny l’aurait aussi aidé à atteindre son but : devenir un grand écrivain ? La prétention de l’écrivain, se comparant à l’un des plus grands hommes de lettres n'est pas des plus plaisantes. Et si le roman est censé être consacré à Piekielny, on en lit en fait beaucoup plus sur Romain Gary. Ceux qui auront aimé l’idée d'approfondir le passé d'une personne banale et inconnue à la place d'un grand déjà renommé, seront déçus. 

On se demande même si François-Henri Désérable n’a pas pris le vieil homme comme prétexte pour faire un livre sur Romain Gary de manière plus originale. L’enquête est accrochante durant une courte durée grâce à quelques phrases humoristiques ici et là, sûrement ajoutées pour séduire le lecteur. Mais une fois cette petite partie passée, l’histoire tourne en rond, ennuie et peine à avancer. De plus, la fin veut nous faire comprendre que la lecture permet tout et emporte où elle le souhaite, mais ce qui ressort le plus, c'est qu'elle nous fait réaliser avec amertune que le livre ne nous a menés nulle part, puisque M.Piekielny est un personnage inventé. Théoline Lanckriet

Bakhita, Véronique Olmi

En vue du Goncourt, j’ai eu une fois de plus la possibilité de lire un des ouvrages sélectionnés, celui-ci est nommé Bakhita, il est écrit par Véronique Olmi et est un roman abordant le sujet de l'esclavage dans le monde.

L'histoire parle d'une petite soudanaise qui se fait kidnapper à sept ans, se fait emmener loin de son village d'origine et va passer de marchand d'esclaves en marchand d'esclaves où elle subira de multiples violences. Le consul d'Italie la rachète à l'adolescence, avant d'être affranchie lors d'un procès à Venise. Elle vouera sa vie aux enfants pauvres et deviendra religieuse.

J'ai trouvé ce livre très intéressant parce qu’il m'a permis d'en apprendre plus sur l'esclavage, par exemple, j'ai appris qu'on abandonnait les esclaves trop faibles pour les marches d’esclaves, et pour éviter qu'un autre marchand ne les récupère, on les attachait à un arbres pour qu'ils ne s’enfuient pas et meurent sur place .

 C'est avec ce thème que le lecteur plonge dans ce qu'on peut appeler « l'intrigue de Bakhita», ce roman qui vous prend au plus profond de vous-même pour vous faire ressortir toute l'empathie que vous pouvez avoir pour un individu. Bakhita, c'est l'espoir, Bakhita, c'est l'amour : l'auteur ne décide pas de vous attrister, au contraire, avec Bakhita, elle essaye de vous montrer sans subjectivité ce qu'est la souffrance. En passant par les caprices insensés de ses maîtresses, et les tortures qui ne semblent plus s'arrêter, Bakhita garde un certain espoir, en se rappelant des mots de sa mère à son propos : «ma fille est douce et bonne. » et garde cette phrase comme directive. Dès le début on découvre qui est cette petite fille, et on se lie d’amitié avec, comme si on la connaissait depuis longtemps.

Néanmoins, le seul argument négatif que je puisse trouver est le côté répétitif de certains passages, notamment au début à chaque fois que Bakhita change de maître, et j'ai dû lutter contre la lassitude que m'apportait cette lecture au début de l'histoire.

A travers ce livre, l'auteur montre du doigt ce que peut être l'horreur humaine. Il s'agit d'un roman très enrichissant qui nous apprend que l'être humain a des ressources inimaginables. Je recommande ce roman car il s'agit d'une grande leçon de vie. Stel Yus

Summer, Monica Sabolo

Dans ce livre, une adolescente nommée Summer disparaît lors d’un pique-nique entre amis. Pendant des semaines tout le monde la cherche, proches, polices, inconnus…Pour la famille de la victime issue de la bourgeoisie, c’est une tragédie, le père avocat est admiré de tous. Ses collègues et amis se divisent en deux groupes : certains lui tournent le dos, d’autres compatissent.
La mère, courtisée par les hommes et enviée par les femmes se retrouve seule, traitée de folle et se renferme sur elle-même. Le plus affecté est sans aucun doute son petit frère Benjamin. Adolescent perturbé vivant dans l'ombre de sa sœur qui est une jeune fille sublime, sûre d'elle avec énormément d'amis. Lui n’a que peu d'amis, voire pas du tout. Pendant quelques temps, il se réfugie auprès des meilleures amies de sa sœur… qui finissent par l'abandonner aussi.           
Ce livre est intéressant pour les raisons suivantes :     
Benjamin qui est le narrateur (39 ans), cherche des réponses sur cette tragédie qui a eu lieu il y a 24 ans. Il avait alors 15 ans, et cette enquête lui permet également de comprendre des choses sur lui-même, sur sa propre histoire personnelle.       
Devenu asocial sans amis, fumant des joints, voyant un psy… il ne cesse de refaire le film de sa vie. Il a des flashbacks provoqués par des éléments du quotidien. Par exemple, lorsque 10 ans après la disparition de sa sœur il retourne sur les lieux du drame pour la chercher, il se souvient de Summer, qui avait perdu un bracelet. Pendant des heures, elle le cherche partout jusqu'à en devenir folle sans résultats. Des semaines plus tard, elle le retrouve subitement « comme s’il l'appelait ». Benjamin attend que sa sœur « l'appelle »…                   
Cet ouvrage est perturbant car le cadre « spatio temporel » varie sans cesse :           
Tantôt le narrateur parle dans le présent avec son psy à 39ans, tantôt il en a 7 et observe d’ un coin de la pièce la réception de ses parents en admiration devant ces derniers, tantôt il en a 15 et fume un joint avec son (seul) ami sur le canapé de ses parents, tantôt encore 10 regardant sa sœur se baigner dans le lac avec ses amis tandis qu’il reste cloué sur sa chaise par sa peur de l'eau, ou encore 20 dans le lit d'une jeune femme..   
Benjamin est persuadé que sa sœur est au fond du lac Léman (en Suisse ou se déroule l’histoire), et il ne cesse de faire d’étranges rêves mettant en scène sa sœur dans des situations étranges « cette nuit, j'ai rêvé de Summer dans sa chemise de nuit(…)depuis quelques temps, elle m'apparaît dans une forêt ou la végétation semble perpétuellement humide(…)Elle fait face à deux grands oiseaux…je sais que ce sont nos parents…» Ces rêves montrent que Benjamin est perturbé par cette disparition. D'autres fois il l'imagine au fond du lac endormie, entourée de poissons. Le lac devient pour lui un lieu sombre et hostile rempli de monstres.          
On se met à la place de Benjamin lorsqu'il apprend que sa sœur n’est pas morte mais qu'elle préfère rester cachée : Cela le plonge dans un état de sidération. Lorsque sa mère lui révèle la vérité sur toute l'histoire de sa disparition, il est forcé de reconsidérer ce pique-nique, ces 24 dernières années. Une autre perspective s'ouvre à lui, sa vie se positionne sous un nouvel angle auquel il n’avait pas pensé.
En conclusion, ce rebondissement montre que parfois, soit nous pensons avoir des certitudes sur beaucoup de choses, mais nous « oublions » de regarder les choses sous un angle différent. Je mets « oublions » entre guillemet car parfois, cela est plus facile d'accepter des choses avec des certitudes que de tout remettre en question, d'avoir des doutes et d'affronter la vérité. Sam Teboul      
 

 Monica Sabolo nous raconte le drame d’une riche famille suisse  représentative d’un monde où prônent  la réussite sociale et les faux-semblants. C’est Benjamen Wassner, le vilain petit canard de la famille qui nous relate la disparition de Summer, sa sœur ainée,  lors d’un pique-nique au bord du lac Léman. Cette journée, le hantera toute sa vie.  Jamais il ne pourra l’effacer de sa mémoire et pourtant des fragments de celle-ci en resteront flous.

 J’ai été envoutée, charmée et troublée par ce livre déstabilisant au plus haut point.

J’ai plongé sans retenues  dans l’atmosphère sombre et aquatique du roman malgré un côté morbide pouvant refroidir. On se  noie très vite dans l’abîme des pensées du protagoniste  et on ressent de façon troublante sa phobie de l’eau dont tous ses rêves sont imprégnés.  

Ce livre nous tient en apnée du début à la fin, il est à la fois angoissant et exaltant, « Où étais-je cette nuit-là ? Où étais-je toute ma vie ? » On découvre certains souvenirs au moment où lui se les remémore, des flashes qui lui reviennent associés à des images  tronquées par sa mémoire, des secrets de famille qui ressurgissent… nous sommes au cœur même de ses pensées.   

On se rend compte que les apparences derrière lesquels se cachent la famille Wassner ne sont que le reflet d’esprits malades et détruits déjà bien avant la disparition de leur fille. C’est finalement pour le personnage disparu qu’on a le plus de sympathie et à qui on peut s’identifier le plus facilement .Malgré l’empathie qu’on a pour Benjamen  j’estime que le lecteur ne peut s’y attacher totalement. 

Pour conclure je conseille fortement ce livre dont l’écriture est accessible à tous et ensorcelante, l’histoire captivante et le dénouement inattendu. Un coup de cœur ni plus ni moins ! Romane Gosse